12.01.2012

Haïti, un an après

Vous l'aurez tous lu ou entendu dans la presse : c'est l'anniversaire du tremblement de terre en Haïti. Les articles se succèdent sur la reconstruction, le nouveau président, l'efficacité de l'aide humanitaire. On se rappelle soudainement Goudou-Goudou et ses conséquences, et l'on en profite aussi pour découvrir d'autres facettes du pays, par exemple cet article du Monde Magazine sur les nantis d'Haïti.

Mais pour moi, c'est un peu avant qu'Haïti est revenu à ma mémoire, d'abord par des photos de voyage qu'un ami a ramené d'un séjour de deux semaines dans le Plateau central, ensuite par un livre que l'on m'a offert récemment, "Tout bouge autour de moi" de Dany Laferrière. C'est le récit par un écrivain haïtien des minutes, des jours et des mois qui ont succédé le tremblement de terre. Un témoignage de ce qu'il a vu, publié un an après.

Dans mon esprit, ce n'est pas les deux ans du tremblement de terre, mais le premier anniversaire de mon retour de Hinche, depuis lequel je n'ai rien écrit sur ce blog. Je ne suis pas Dany Laferrière, je n'ai pas écrit un récit un an après, mais ces différentes lectures m'ont rappelé mes articles, rédigés dans ces cybercafés de Hinche, péniblement, pendant que j'envoyais les photos sur mon compte Flickr, les sons de la rue sur Sur le chemin de l'école et les spots radio sur Gran moun y echwe, jen yo dejwe. Rappelé ne veut pas dire relu, je n'oserais pas. Mais cela m'a donné envie de les compiler, sans les relire, pour faire revivre brièvement ce blog, pour me rappeler Hinche, ne serait-ce que par les titres des articles, et peut-être aussi pour donner une autre idée de Haïti, celle de Hinche et du Plateau central, non touché par le tremblement de terre, sans gravats.

 

Image 1.png

20h de TF1 du 12 janvier 2012

Le carnet de voyage :

Le créole haïtien :

23.02.2011

L'école au milieu du désert

"On pouvait rentrer en connaissant mieux les choses qu'on devait construire. Il rentrerait avec un intérêt plus grand et plus vif pour l'école, non pas considérée simplement comme un endroit où les enfants apprenaient à lire, à écrire et à compter, mais comme un lieu aussi où les préparer à vivre, quel que dût être leur destin. Oh! que l'on donnât de l'instruction à son peuple, des écoles par tout le pays où construire quelque chose qui fût utile à ces enfants lorsqu'ils s'en iraient dans les grandes villes, quelque chose pour remplacer la loi et la coutume de la tribu. Pendant un moment, il se berça de visions, comme il arrive à l'homme au milieu d'un désert de cendres et de ruines."

"Pleure, ô pays bien-aimé", Alan Paton
via PAPADU

05.02.2011

Le créole, leçon 6 : Pale france, pas di lespri

En créole, en tout cas parmi mes amis et mes collègues, on utilise beaucoup de proverbes. En voici quelques uns, en lieu et place d’une vraie leçon de créole, parce que cela fait trop longtemps que je n’ai pas parlé du créole sur ce blog.

Les exemples et les explications ont été glanés auprès d’hinchois. Je remercie Dona, Nicholson, Jean-Claude, André et Hugues (et l’orthographe n’est pas nécessairement correcte, j’ai fait de mon mieux).

Pale france, pas di lespri

Parler français ne signifie pas avoir de l’esprit, vous êtes prévenu. Apprenez donc le créole !

Nou pa vini icit, se pase n’ap pase
Nou pa vini pou rete, se pase n’ap pase

Nous ne sommes pas d’ici, nous ne sommes que de passage, on ne fait que passer, on n’est pas là pour rester.

Fil rouge de l’histoire d’Haïti selon Jean-Marie Théodat, géographe : « Les haïtiens ont le sentiments qu’ils ne sont pas d’ici, ils le savent implicitement, ils sont africains. Cela s’est transformé au XXe siècle avec le développement de l’émigration et de l’exil : même ceux qui sont nés ici, même ceux qui sont haïtiens sont appelés à quitter le pays tôt ou tard pour aller vivre à l’étranger. Miami, la Floride, Boston ou la Nouvelle Angleterre sont considérés comme des destinations naturelles des haïtiens. C’est un véritable problème car ça n’a fait que renforcer le sentiment de passage, de transit.
Les haïtiens ont tendance à considérer leur passage dans ce pays comme une présence provisoire. Les élèves par exemple, dès lors qu’il y a une procédure de recherche de visa, cessent d’aller à l’école ; ils sont très nombreux à être ainsi en rupture de scolarité, parce qu’il y a un vague espoir d’émigration aux Etats-Unis. (…)
Il y a par ailleurs une contradiction. Il y a dans le pays une volonté de foutre le camp et à l’inverse, dès qu’ils sont hors du pays, il y a un désir universel de retour.
En fait, ce que veulent les haïtiens c’est de pouvoir aller et venir librement. » (Un dromadaire sur l’épaule, RSR)

Il y a aussi une interprétation non-géographique, sur la vie. « La vie, c’est un courant, me disait un ami haïtien, on est sur cette planète momentanément ».

Ici, j’aime beaucoup la forme créole « se … n’ap … ». Par exemple, « se manje n’ap manje », je suis en train de manger, je ne fais que manger, pour insister sur l’action en cours.

La rouze taye banda tout tan soley poko leve

La rosée « se fait galante » lorsque le soleil n’est pas encore levé. La rosée est présente tant que le soleil n’est pas encore levé.
Se dit lorsque plusieurs individus (ou groupes de musique par exemple…) « djolè », c’est-à-dire baratinent, affirment être les meilleurs, se vantent. Au bout du compte, un arbitre déterminera définitivement qui dit vrai (le public, ou le plus gros son, m’a-t-on expliqué dans le même exemple).

Ici, « taye banda » est très difficile à traduire. « Se faire galante » est la meilleure traduction que j’aie pu trouver. « Etre présente » n’est pas une bonne traduction car elle fait penser qu’il s’agit du proverbe « le chat parti, les souris dansent », mais pas exactement. « Taye banda » représente l’action pour une fille de se rendre sexy, pour ce que j’ai pu en comprendre.

Nan diri, ti wòch goute gres

Dans du riz, le petit caillou « trouve » la graisse. Dans du riz, le caillou profite de la graisse (le petit caillou s’était caché dans le riz que vous avez acheté au marché et vous ne savez pas qu’il se trouve dans votre riz, c’est un intrus).

Par exemple, si vous n’êtes pas invité à un mariage mais que vous vous incrustez, vous profitez aussi du banquet.

Pise gaye pa kimen
Mache pipi pa kimen

Pisser « étendu », pisser en marchant, ne fait pas d'écume.
A l’inverse, sous entendu, kanpe pipi se kimen, pisser au même endroit fait de l'écume.

Se dit sous forme de conseil, par exemple quelqu’un qui dépense trop d’argent à qui l’on conseille d’économiser son argent, ou une femme qui fait « jeunesse » à qui l’on conseille de n’avoir qu’un mari.

Plus généralement, signifie "pierre qui roule n'amasse pas mousse".

Ak pasyans ou wè tete pis
Ak pasyans ou ka wè lombrik foumi

Tout vient à point à qui sait attendre. Avec de la patience, on peut voir le nombril des fourmis.

Kreol pale, kreol konprann

Un simple mot et tout est dit, ou encore un simple geste et tout est dit. Il s’agit de communication indirecte ou sous-entendue.
Expression utilisée par Jude Célestin dans son discours après qu’il ait été éliminé du second tour.

Men ale, men vini, zanmi dure

Les mains vont et viennent, l’amitié dure. Les échanges, la générosité, le don font durer l’amitié.

Kiyè al kay ganmel, ganmel al kay kiyè

C’est donnant-donnant. L’explication complète n’est pas tout à fait claire pour moi, mais il y a une histoire de gamelle est de cuillère. « Kay » signifie maison, domicile.

Mal sangle, kap foule

Mal attaché peut se blesser.

Djondjon pouse kote li vle

Djondjon est un champignon noir que l’on mange avec du riz assez souvent ici. Il pousse là où il veut.

Ici, j’ai obtenu deux explications différentes. D’une part, on me dit qu’il s’agit d’un proverbe sur le hasard, d’autre part sur le principe « Ceux qui ont de l’argent, auront plus d’argent ».

Bel fanm pa dolar

Les belles femmes ne sont pas des dollars.

On peut vivre sans fille mais pas sans argent.

Largent san lamou se pwoblèm, lamou san largent se pwoblèm

Aucun commentaire, à part que j’ai un gros doute sur l’orthographe.

La gè avèti pa touye kokobe

Si on annonce la guerre à l’avance, les paralysés (« kokobe ») ne seront pas tués, ils s’enfuiront avant. Par exemple, si on interdit à quelqu’un de monter à un arbre mais qu’il le fait quand même, on a droit de le fouetter (m’a-t-on dit).

Jan chat mache, se pa konsa li kenbe rat

L’habit ne fait pas le moine. La manière qu’a le chat de marcher n’annonce pas celle qu’il a d’attraper un rat.

Ravèt pa janm gen rezon devan poul

Un moucheron n’a jamais raison devant la poule. La raison du plus fort est toujours la meilleure.

Bourik travay pou chwal garyone

L’âne travaille quand le cheval court.

Se dit quand l’homme travaille et la femme gaspille l’argent du ménage (les exemples, encore une fois, ne sont pas de moi), ou quand un employé travaille sérieusement et voit son collègue arriver en retard.

Janmou pa donen kalbas

Le janmou ne donne pas de kalbas.
Le janmou est un légume qui se mange une fois cuit. La (?) kalbas est un fruit d’un arbre que l’on peu évider et utiliser comme récipient, mais qu’on ne peut pas manger (utilisé comme récipient pour porter de l’eau).

Tel père, tel fils. Ou encore la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre.

Bay piti, pa di chich

Donner peu ne signifie pas que l’on est avare.

La façon de donner vaut mieux que ce qu’on donne ?

Piti piti fè lonè prezidan

On a toujours besoin d’un plus petit que soi ?

Apwe bal tanbou lou

Je le laisse à votre interprétation…

Kabrit di se sa kil an vant ou, ki pou ou.
Sak nan gorg, se li ki konte.

La chèvre dit que ce qui est dans ton ventre est pour toi ; ce qui compte, c’est uniquement ce qui est déjà dans la gorge (variante).

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.

Se fè ki koupe fè

On ne prête de l’argent qu’aux riches, mais j’ai un doute sur l’interprétation.

Port boa pa goumen avek port fè

« Goumen » signifie « faire un effort », mais je n’arrive pas à traduire…

Le malheureux ne fait pas de procès avec le « gran nèg », l’homme important.

Fyol mouri, makòmè kaba

Par exemple, si vous dépendez d’une personne qui vit aux Etats-Unis et que celle-ci vient à mourir, vous mourrez aussi.

Lenmi pa jam piti

L’ennemi n’est jamais petit.

Lè chat pa la rat poze calindal

Le chat parti les souris dansent (« calinda » est un type de danse, particulièrement prisé des souris semble-t-il).

Bourik chaje pa kampe

Le vin est tiré, il faut le boire. L’âne chargé ne se tient pas immobile.

Piti piti fè anpil

Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Se pa chak jou magrit pote bon siwo

Margerite n’apporte pas du bon miel tous les jours. On ne peut pas avoir de chance tous les jours.

Mapou tombe, kabwit mange fey li

Lorsque l’arbre tombe, la chèvre mange ses feuilles.

Ti bébé kip a kriye, pa bezwen tete

Qui ne demande rien n’a rien.